Aboucacar Soumah, le nouveau visage du syndicalisme guinéen

(Guinéeco.info)-Il n’a été révélé au grand public que très récemment. Pourtant Aboubacar Soumah, le nouveau Secrétaire général du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (Slecg) apparaît de nos jours comme le fer de lance du mouvement syndical guinéen qui a besoin du sang neuf pour continuer le combat pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs du pays d’Alpha Condé.

Celui qui était diabolisé, il y a peu, par les autorités guinéennes et férocement combattu par ses collègues du Slecg et l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (Ustg), a fini par être un élément incontournable dans la résolution de la crise qui mine actuellement le secteur guinéen de l’éducation. C’est en effet lui qui maitrise « la base ». Du moins si l’on en juge par le fait que ses mots d’ordre de grève sont largement suivis par les enseignants guinéens.

Le prix de la constance

La constance et l’intransigeance de M. Soumah dans ses revendications ont  obligé le chef de l’Etat guinéen en personne à faire machine arrière et à reconsidéré sa position vis-à-vis de ce syndicaliste hors-paire. Le mardi 27 février dernier, l’homme était invité à une rencontre au Palais Sékhoutouréya d’où il est sorti encore plus grand.

Alors qu’on s’attendait à un changement de ton du syndicaliste après son tête-à-tête avec le Pr Alpha Condé, il n’en a rien été. Il a plutôt maintenu son mot d’ordre de grève et obtenu du Président de la République la mise en place d’une commission de négociation composée de représentants de la Présidence, du Gouvernement, du Médiateur de la République et des leaders religieux (musulmans et chrétiens).

Saura-t-il maintenir le cap et tenir tête à des autorités qui ne veulent rien lâcher ? Rien n’est moins sûr ! Tant l’homme a réussi jusque-là à résister à des tentatives de déstabilisation et de manipulation tous azimuts. Ce fut d’abord une promotion comme Directeur préfectoral de l’Education à Dinguiraye qu’il a déclinée. Sans doute ayant compris que cette pseudo-promotion visait à l’éloigner de Conakry et à réduire sa capacité d’action (pour ne pas dire de nuisance) au sein du mouvement syndical où on voulait plus voir sa tête. Il se dit encore qu’il a été affecté récemment comme simple professeur de français à Faranah.

Ce fut par la suite une campagne d’intimidation avec l’arrestation de ses principaux lieutenants par la gendarmerie et un procès expéditif à leur encontre. Le tout assortit, dit-on, de tentatives de corruption de ses proches pour saper le mouvement de grève qu’il a déclenché en novembre 2017, alors qu’il n’était que simple secrétaire général adjoint du Slecg. La suite, on la connait. Lui et ses soutiens avaient été suspendus, puis exclus du Slecg et de l’Ustg par les secrétaires généraux de ces deux structures syndicales.

Comme si cela ne suffisait pas, une procédure judicaire a même été déclenchée à l’encontre de M. Soumah, accusé de vol par effraction et usurpation de titre. Pire encore, son groupe qualifié de dissident s’est privé de salaire. Tout cela n’aura pas réussi à entamer la détermination d’Aboubacar Soumah et compagnie. Bien au contraire, ces actions ont galvanisé l’aile dure du Slecg, qui a réussi contre vents et marrées à organiser un congrès électif du syndicat des enseignants et chercheurs de Guinée à la tête de duquel trône désormais le nouveau « Ibrahima Fofana » mouvement syndical guinéen.

Comme sorti de nulle part

L’avènement de Soumah au sommet d’une des pyramides syndicales guinéennes peut paraître surprenant pour bien des Guinéens qui ne l’ont pas vu venir. Lors de la grève des enseignants qui a secoué le secteur guinéen de l’éducation en janvier et février 2017, M. Soumah était l’un des principaux négociateurs du syndicat. C’est pendant ce temps qu’il s’est fait remarquer, notamment à la Bourse du Travail, où son intransigeance se lisait à travers ses comptes-rendus et ses remarques très applaudis par les enseignants grévistes.

Dès lors, Aboubacar Soumah est apparu comme une alternative crédible à la vieille garde symbolisée par Louis M’Bemba Soumah de l’Ustg et Amadou Diallo de la Cntg (Confédération nationale des travailleurs de Guinée), qui ont tant soit peu réussi à ébranler et à faire plier à maintes reprises le régime défunt de l’indomptable Général Lansana Conté. Mais c’est surtout Sy Savané dont il était l’adjoint au Slecg qui s’était senti le plus menacé par la montée en puissance du nouveau visage du syndicalisme guinéen.

Sexagénaire, Aboubacar Soumah arbore souvent une tenue simple, néanmoins très caractéristique de l’enseignant guinéen. Lui qui officie jusque-là au Collège Château d’eau, en plein cœur de Kaloum, le centre administratif et des affaires de Conakry, est en train d’écrire ses lettres de noblesses dans la lutte syndicale guinéenne.

Bachir Sylla, pour Guinéeco.info

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