Abubakr Siddiq Baldé, jeune poète guinéen : « J’ai baigné toute ma vie dans la poésie, c’est pourquoi je me permets l’arrogance de créer ma propre voie »

(Guineeco.info)-Dans un entretien électronique qu’il a accordé à Guineeco.info, Abubakr Siddiq Baldé, un jeune poète guinéen, qui vient de publier chez Edilivre un recueil de poèmes intitulé « Comme j’ai été possédé », nous parle de sa conception de la poésie et des thèmes qu’il affectionne. Il évoque également la clé de répartition des revenus générés par la vente de son recueil.   

Guineeco.info : M. Abubakr Siddiq Baldé, vous venez de publier chez Edilivre votre premier recueil de poèmes intitulé « Comme j’ai été possédé ». Pourquoi avoir choisi la poésie comme forme d’expression littéraire ?

Abubakr Siddiq Baldé :  La poésie d’une chose c’est le plus beau qui existe en elle. Pour moi, la plus belle forme d’expression littéraire, c’est la poésie. C’est pourquoi je l’ai  choisie.

Guineeco.info : La quasi-totalité de vos poèmes porte sur l’amour. Etes-vous autant amoureux que cela semble transparaitre à la lecture de ce document ?

Abubakr Siddiq Baldé : Je pense que je suis plus amoureux que l’on peut s’apercevoir dans ce livre, parce que les mots ne nous permettent de décrire qu’une petite partie de nos sensations. Et c’est ce que j’ai fait dans ce bouquin.

Guineeco.info : Aimer, est-ce souffrir, dit-on. Est-ce votre cas ? Si oui, de quoi avez-vous le plus souffert dans vos relations amoureuses ?

Abubakr Siddiq Baldé : Je dirai plutôt qu’aimer c’est savoir souffrir ; souffrir seulement n’a aucun sens. J’ai souffert personnellement de plusieurs choses. Mais la seule que je puis vous ici c’est l’insomnie. Rester au téléphone jusqu’à 3h du matin ce n’est pas évident…(Rire). Le reste je pense que c’est mieux qu’on se rencontre à la plage pour qu’on en discute entre homme. Vous m’apprendrez aussi beaucoup de choses vu que vous êtes visiblement plus âgé que moi.

Guineeco.info : Vos poèmes ne respectent pas assez les règles de la versification. Est-ce un choix délibéré ou une méconnaissance en la matière ?

Abubakr Siddiq Baldé : Une très bonne question. En fait, lorsqu’on parle de poésie, je suis celui qui fixe les règles. Pour moi, ne peut prétendre être poète que celui qui ose créer sa propre voix même si elle peut violer des consensus. Vouloir trop respecter les règles mène au calcul, et le calcul tue l’authenticité. Et, pour moi, un texte qui n’est pas authentique n’a pas lieu d’être. Savez-vous  pourquoi ma poésie parle aux cœurs ? C’est parce que je pose mes mots comme ils me sont inspirés de la part du créateur. A supposer que j’ignore une telle ou une telle règle, il y a toujours une possibilité de soumettre mon manuscrit à un spécialiste afin qu’il me le ramène dans les prétendues normes. J’ai baigné toute ma vie dans la poésie, c’est pourquoi je me permets l’arrogance de créer ma propre voie.

Guineeco.info : Combien de temps avez-vous consacré à la rédaction de ce recueil et en combien d’exemplaires a-t-il été imprimé ?

Abubakr Siddiq Baldé : Il a été écrit dans un intervalle de six mois. Mais ce n’est pas un projet que j’avais au départ. J’écrivais juste à chaque fois que je ressentais la nécessité de mettre quelque chose sur papier. Un recueil pareil ne peut me prendre qu’un mois s’il s’agit d’écrire dans le but de produire une œuvre. Au moment où je vous parle je ne sais pas le nombre d’exemplaires imprimé.

Guineeco.info : Quel est le prix de vente de votre recueil et quelle part vous avez dans chaque exemplaire vendu ?

Abubakr Siddiq Baldé : Il est vendu à 13 euros en papier et 5 euros en numérique. Mes droits d’auteurs avoisinent les 70% pour le numérique et 20 pour le papier. Je ne souviens pas exactement.

Guineeco.info : Le marché du livre n’est pas florissant en Guinée. Ne craignez-vous pas une mévente de votre recueil, de sorte que votre éditeur vous tourne le dos la prochaine fois ?

Abubakr Siddiq Baldé : Vraiment pas du tout, Monsieur. Je suis d’ailleurs déjà satisfait de son succès. Et en plus, moi je n’écris que pour le plaisir. Donc rien à craindre, j’aurai toujours un éditeur pour mes bouquins, incha’ Allah.

Guineeco.info : Avez-vous d’autres œuvres en chantier ?

Abubakr Siddiq Baldé : J’en ai plusieurs. J’ai d’ailleurs fait une demande au travers de ma dernière interview à Thierno Monénembo pour qu’il me préface mon prochain livre. Un roman. Je vous promets que vous allez l’adorer. Incha’ Allah.

Guineeco.info : Quel message avez-vous à lancer aux jeunes guinéens qui souhaitent devenir romanciers ou poètes ?

Abubakr Siddiq Baldé : Avant de répondre à cette, je voudrais attirer votre attention sur un jeune écrivain et chercheur en économie qui fait ses études ici au Maroc. Sékou Oumar Sylla. Il a déjà un livre publié chez Edilivre aussi. Il fait de pertinentes analyses sur des sujets économiques qui pourraient vous intéresser. Avec lui et tant d’autres amis que je ne pourrais pas tous citer ici, j’ose espérer que c’est la Guinée l’avenir de la littérature africaine. Maintenant pour répondre à votre question, qu’ils sachent vouloir c’est pouvoir. L’expression signifie que celui qui veut une chose doit se donner les moyens de se l’octroyer. Ils veulent devenir écrivains ? Qu’ils lisent, qu’ils écrivent et qu’ils osent montrer ce qu’ils ont écrit, car le monde a aussi besoin de leur génie. En tout cas, moi je serai là pour les lire et je sais que vous aussi vous serez là pour les accompagner.

Propos recueillis par Bachir Sylla

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