Ayman Sejiny, PDG de la SID : « La finance islamique devrait continuer à se développer en Afrique en travaillant sur de nouveaux marchés potentiels… »

(Guineeco.info)-Ayman Sejiny, le PDG de la SID (Société islamique pour le développement du secteur privé) a participé à la Conférence régionale sur le Waqf qui a eu lieu la semaine dernière à Conakry. A cette occasion, votre journal économique en ligne lui a posé quelques questions écrites. Voici ses réponses transmises par son service de communication. Lisez !

Guineeco.info : M. Ayman Sejiny, depuis octobre 2018, vous êtes le PDG de la société islamique pour le développement du secteur privé (SID). Quelle est votre stratégie globale à la tête de cette institution?

Ayman Sejiny : Les priorités de la SID continueront d’être guidées par la stratégie décennale du Groupe de la BID pour le développement du secteur privé. Ceux-ci comprennent les quatre domaines clés suivants:

  • Développer des canaux financiers islamiques pour créer un effet multiplicateur, y compris le développement des PME
  • Fournir des services de conseil liés au développement d’institutions financières islamiques et à l’émission de Soukouk.
  • Financer des investissements dans des secteurs à fort impact
  • Travailler en partenariat avec le Groupe de la BID et d’autres banques multilatérales de développement pour optimiser la mobilisation des ressources.

Dans le cadre de son plan d’activités pour 2019-2021, La SID continuera d’axer ses activités sur le secteur financier, tout en allouant davantage de ressources pour accroître son assistance au profit du secteur des infrastructures.

Guineeco.info : Quelle place l’Afrique occupe-t-elle dans votre vision globale?

Ayman Sejiny : La finance islamique devrait continuer à se développer en Afrique en travaillant sur de nouveaux marchés potentiels et en finançant des projets de développement sur les marchés émergents et développés.

La SID a financé une série de projets ambitieux, appliquant les principes de la finance islamique, aux besoins en infrastructures africaines et elle prévoit de stimuler le développement des PME en Afrique subsaharienne.

Certes, l’Afrique est un marché potentiel pour la SID et elle doit absolument atteindre ses objectifs de développement en mettant en œuvre plus d’investissements dans les infrastructures, routes, logements, écoles et hôpitaux.

La SID déploie de gros efforts pour répondre aux nouveaux défis des pays membres en créant de nouvelles opportunités d’emploi. La croissance de l’emploi, qui est liée de manière positive et significative à la croissance du PIB, est un mécanisme essentiel pour améliorer la répartition des revenus et réduire la pauvreté d’une façon durable.

Nous avons 26 pays membres africains, dont 20 sont de l’Afrique subsaharienne. Tamweel Africa Holding, ou TAH, a été créée en 2009 pour permettre à la SID de développer sa stratégie d’investissement en actions bancaires dans la région. A ce jour, le portefeuille de TAH est composé de 4 banques islamiques d’Afrique de l’Ouest: le Sénégal, le Niger, la Guinée et la Mauritanie. En outre, la SID a joué le rôle de catalyseur dans la création de banques islamiques dans d’autres régions de l’Afrique: Afrique de l’Est (Banque Byblos), Afrique du Nord (Banque Al-Akhdar au Maroc, Banque Wifak International en Tunisie).

Prochainement, le plan de la SID est de continuer à utiliser TAH comme plate-forme d’expansion dans toute la région africaine, avec une priorité pour la Côte d’Ivoire, le Mali, le Bénin et l’Ouganda. En outre, dans certains pays comme l’Ouganda, où le gouvernement a exprimé le souhait de développer un secteur bancaire islamique local fort, la SID a entamé des discussions avec les parties locales intéressées pour explorer la possibilité de lancer des projets conformes à la Chari’a en Ouganda.

Guineeco.info: Comment comptez-vous impliquer davantage le secteur privé dans le développement de vos projets, notamment en Afrique de l’Ouest francophone?

Ayman Sejiny : Nous constatons que les systèmes financiers locaux de nombreux pays membres font de leur mieux pour répondre aux besoins du secteur privé, en particulier des PME. Même dans un monde en plein développement, les PME restaient sous-desservies et qualifiées de «tiers manquant». Par conséquent, la SID a un rôle important à jouer dans la mobilisation des ressources d’investisseurs tiers pour le développement des PME dans nos pays membres. A cet égard, nous continuerons de jouer un rôle actif dans le développement des produits et solutions financiers destinés à soutenir le secteur des PME des pays membres.

Guineeco.info : Vous êtes en Guinée dans le cadre de votre tournée africaine incluant également le Sénégal. Pourriez-vous décrire les objectifs principaux?

Ayman Sejiny : Jouer un rôle dans le développement des marchés des capitaux islamiques est l’une des missions clés de La SID dans tous les pays membres. Une émission souveraine ouvre la voie aux entreprises de nos pays membres. Nous prévoyons que cela se produira à l’avenir et la SID souhaite identifier des émetteurs potentiels dans ces pays membres. Bien entendu, il est également primordial de continuer à conseiller les pays membres sur leurs émissions de Soukouk et il est prioritaire d’identifier les pays de la région MENA, d’Afrique et de la CEI prêts à émettre de telles émissions. A cet effet, la SID cherche à reproduire son expérience avec le Royaume hachémite de Jordanie en 2016, où il a accoré se3s services de conseil au gouvernement pour l’émission de soukouk en monnaie locale à moyen terme. En outre, la SID étudie les possibilités d’émettre des Soukouk en monnaie étrangère et locale dans ses pays membres afin de catalyser les investissements dans ces pays.

Guineeco.info: Vous avez fait partie d’un panel sur le rôle du Waqf dans la réalisation du développement durable dans les pays membres de la BID. Pourriez-vous s’il vous plaît nous en dire plus à ce sujet…

Ayman Sejiny : En tant que branche du secteur privé du groupe de la Banque islamique de développement (GBID), et afin de maximiser sa contribution aux ODD, la SID s’est engagée à concentrer ses activités sur les ODD 7 (Énergie), ODD 8 (Emplois et inclusion financière), ODD 9 ( Industrie et infrastructure), participer aux ODD 13 (Lutte contre les changements climatiques) et ODD 17 (Partenariats et mobilisation des ressources), dans le but ultime de réaliser l’ODD 1 (éliminer l’extrême pauvreté), l’ODD 2 (l’agriculture), l’ODD 3 (la santé), l’ODD 4 (éducation) et l’ODD 5 (égalité entre les sexes).

Pour cela, nous visons à mettre l’accent sur le financement interne ainsi que sur la mobilisation des ressources hors bilan par l’intermédiaire de nos partenaires et du vaste réseau de développeurs. Il convient de noter que le système Waqf est l’un des moyens de mobiliser des ressources. Nous avons déjà mis en place un réseau et une expertise solide et étendus dans nos quatre principales régions d’opérations et nous prévoyons de tirer parti de cette expérience, en gardant à l’esprit que l’un de nos principaux objectifs est de développer et de maintenir un portefeuille équilibré au niveau régional. Notre objectif est d’être pertinent pour tous nos marchés et d’offrir des solutions sensibles au contexte dans le cadre de notre approche innovante intégrée du développement.

Les objectifs de développement durable sont pleinement intégrés au cycle de projets de la SID (appréciation, mise en œuvre et évaluation). En fait, tous nos nouveaux projets doivent montrer comment ils contribuent aux objectifs de développement durable sur la base d’un cadre développé en interne avant d’être approuvés par nos autorités compétentes.

Guineeco.info : Y a-t-il un message spécifique que vous voudriez partager pour clore cette interview?

Ayman Sejiny : Afin de mieux répondre à la croissance rapide de la finance islamique dans les pays membres, la SID doit mobiliser efficacement des ressources en capital à long terme, ce qui nécessite à son tour de veiller à préserver sa solidité financière grâce à une gestion prudente des risques, une gouvernance solide et des processus opérationnels efficaces.

En outre, en réponse aux exigences sans cesse changeantes du secteur privé dans les pays membres, la SID prévoit de décentraliser ses activités d’exploration de sources de financement afin de concrétiser les opportunités potentielles dans les pays visés. A cet égard, la SID a activement participé au «projet de bureau régionaux» dirigé par la Banque, qui envisage d’établir de nouveaux bureaux régionaux dans différentes régions au cours des trois prochaines années.

Par Bachir Sylla

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