Cimetière de Kameroun : les croque-morts se plaignent de leurs difficiles conditions de travail

(Guinéeco.info) – Les croque-morts du cimetière national Kameroun, dans la Commune de Dixinn se plaignent actuellement de leurs difficiles conditions de travail, exposés qu’ils sont à des risques sanitaires évidents, à cause notamment du manque d’équipements adéquats. Notre reporter est allé s’enquérir de leur quotidien.

 Le cimetière de Kameroun est l’un des lieux publics les plus populaires de Conakry. Situé non loin de l’hôpital national Donka et de la Grande Mosquée Fayçal, cet endroit au calme assourdissant bercé par les grands arbres de la forêt classée environnante reçoit quasi quotidiennement des visiteurs venus enterrer leurs morts. Dans l’enceinte, des tombes plus ou moins anciennes sont visibles, avec des enseignes portant les noms, dates de naissances et d’inhumation d’illustres disparus, qu’ils soient musulmans ou chrétiens.

Depuis plusieurs années, ce cimetière surpeuplé interpelle la conscience collective des Guinée, en particulier les autorités administratives du pays. Pour faire face à l’aménagement et à la gestion dudit cimetière, le gouvernorat de la ville de Conakry a institué, en février 2018, une taxe d’inhumation. De quoi permettre également d’entretenir et d’équiper les croque-morts qui s’affairent sur les lieux.

« Mon rôle ici est d’organiser l’inhumation des corps, l’aménagement des tombes et le maintien de la propreté du cimetière. Avant tout je réclame la déclaration de décès, sans laquelle aucun corps ne sera reçu », nous a confié Biro Keïta, nouvel administrateur du site.  Il explique que le gouvernorat a fixé le prix d’inhumation à 50 000 francs guinéens, l’aménagement d’une tombe à 250. 000 GNF.

Selon lui, le cimetière de Kameroun a besoin sérieusement de moyens pour son entretien. « Il y a beaucoup de place inexploitée ici. Mais il faut un aménagement complet pour y accéder. La forêt masque une bonne partie du cimetière. J’ai trouvé un laissé aller total ici. J’ai financé beaucoup ici pour le nettoyage. J’ai déplacé cinq camions qui ont fait cinq tours à mon arrivée », affirme-t-il.

L’administration du cimetière est composée d’une équipe de cinq membres dépêchés par le gouverneur de la ville de Conakry. Elle est chargée de creuser les tombes, les aménager et maintenir la propreté des lieux.

Aux dire de Mohamed Bangoura, un creuseur de tombes, son travail au cimetière de Kameroun ne lui permet de faire face aux besoins vitaux de sa famille. « C’est un courage de travailler ici. On aide les nécessiteux. Après, s’ils décident de nous offrir un peu, on tend la main. Je quitte jusqu’à Lanssanaya-barrage. Donc, même le transport c’est difficile d’en trouver » regrette M. Bangoura.

Un autre croque-mort qui a requis l’anonymat avoue qu’il leur arrivait parfois de creuser des tombes dans l’espoir d’avoir des preneurs dans un bref délai. Ce que nie Mohamed Bangoura, du moins en partie. « On peut creuser et trouver parfois des corps décomposés. Dans ce cas, on cherche une autre place. Mais creuser sans commande ? Non, on ne fait pas ça ici ! Il arrive cependant que certains nous commandent une tombe une semaine avant l’inhumation», témoigne-t-il.

  Au cimetière de Cameroun il n’y a aussi des jeunes stagiaires qui accompagnent l’équipe de Biro Keita à creuser les tombes. Eux ils s’en sortent avec les quêtes qu’ils font lors des inhumations.  « Nous on est là en tant que stagiaires. Notre chef nous demande d’aider les titulaires. Après l’enterrement on tend la main en demandant Fissabi Lillah (Ndlr : au nom d’Allah, en arabe). C’est comme on vit ici », confie Salif Camara.

Les creuseurs de tombe du cimetière de Kameroun sont exposés à d’énormes risquent sanitaires. « Ils ne sont pas protégés. Ils peuvent attrapés des maladies dans ce travail. On a besoin de protèges, des pelles, de gans, de brouettes, de haches, de pioches pour assurer la gestion de ce cimetière », liste monsieur Biro Keita avant de demander un soutien de l’Etat et des bonnes volontés.

Mamoudou Boulléré DIALLO

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