« Du sommet à la base, il faut bannir la corruption et les détournements de deniers publics… », estime Mamadou Houdy Bah, maire de Sangarédi

(Guineeco.info)-Dans un entretien qu’il a accordé à votre journal économique en ligne, Mamadou Houdy Bah, le maire de la commune rurale de Sangarédi évoque les priorités de son équipe, tout en dénonçant le comportement de certaines sociétés minières évoluant dans sa localité. Il a estimé au  passage qu’il faut bannir la corruption et les détournements de deniers publics  des fléaux auxquels la Guinée est exposée depuis des années. Lisez !

Guineeco.info : M. le maire, vous sortez des états généraux de la décentralisation et du du développement local qui ont eu lieu à Conakry. Quels enseignements en avez-vous tirés de cette rencontre ?

Mamadou Houdy Bah : Ces deux jours d’états généraux de la décentralisation nous ont permis d’avoir beaucoup de renseignements par rapport à la disponibilité du pouvoir central d’assister les communes rurales et les communes urbaines du pays. A commencer par le FODEL (Ndlr, Fonds de développement économique local) jusqu’à l’ANAFIC (Ndlr, Agence nationale de financement des collectivités). Ça nous donne une bonne impression. Si toutes les décisions qui ont été prises ici sont appliquées, nous pensons que le développement va connaitre un essor en Guinée.

Guineeco.info : Vous êtes le maire d’une commune rurale particulière, parce que Sangarédi est une zone minière. Quelles sont vos priorités à tête de cette commune ?

Mamadou Houdy Bah : Etat maire de la commune rurale de Sangarédi, une commune minière qui a, en son sein, quatre mégas projets, notre priorité parmi tant d’autres, c’est de voir comment faire cohabiter cette exploitation minière aux activités agropastorales, parce que Sangarédi est une zone agropastorale. L’essentielle de la population de cette zone pratique l’agriculture et l’élevage. Seule une infime partie de cette population s’attèle à l’exploitation minière. Donc, notre préoccupation majeure, c’est améliorer les services sociaux de base, notamment le réseau de distribution d’eau, la voirie et l’assainissement pour faire de Sangarédi la commune la plus propre de la Guinée. Ce sont entre autres défis que nous voulons relever. Nous allons également nous atteler au désenclavement des villages de Sangarédi et doter tous les districts de postes de santé. En tout cas tous qui n’en ont pas encore, il faut qu’ils puissent en avoir. En plus, il faudra construire des logements pour les infirmiers qui vont être éventuellement affectés pour le fonctionnement de ces postes de santé. Nous pensons également à la construction d’écoles communautaires. Il y en a déjà qui ont été construites par les communautés mais qui ne sont pas dans les normes. La commune va les réglementer en appliquant les standards et construire d’autres écoles pour l’enseignement préscolaire.

Guineeco.info : Comment réagissez-vous aux propos du Président de la République qui s’est élevé contre la mauvaise gestion des redevances minières et la vente de terrains par certains élus locaux ?

Mamadou Houdy Bah : C’est une bonne chose. Du sommet à la base, il faut bannir la corruption et les détournements de deniers publics, des fléaux auxquels la Guinée est exposée depuis des années. Comme le premier magistrat du pays l’a promis en disant que quiconque se hasarderait à détourner sera sanctionné, si cela se concrétisait, ce serait une très bonne chose. Puisqu’il faut qu’on ait du respect pour la chose publique. C’est très essentiel dans le développement. Surtout nous qui sommes dans les mairies, nous qui sommes avec les communautés. Nous devons augmenter notre vigilance et nous devons éviter tout débordement, tout problème qui va nous conduire à détourner les fonds alloués au développement local, les fonds alloués à nos pauvres communautés. Nous connaissons déjà à quel niveau se situe cette pauvreté. En tant qu’élus de ces communautés, nous devons œuvrer pour que leurs conditions de vie s’améliorent. On ne va pas soustraire quelque chose qui leur est destiné. Nous en sommes sûrs et nous sommes fermes là-dessus. Donc, je salue cette résolution du président. Au cas où il y a des détournements avérés, il faut réellement les sanctionner pour que les autres prennent exemple.

Guineeco.info : Parlez-nous un peu du budget de la commune rurale de Sangarédi que vous dirigez. A quelle hauteur se situe-t-il ?

Mamadou Houdy Bah : A  Sangarédi, nous avons déjà reçu la lettre de ANAFIC qui doit débourser 2 milliards 300 millions et quelques francs guinéens pour le développement de notre commune rurale. Nous attendons aussi les fonds du FODEL. Mais c’est là où le bats blesse parce que la CBG ne paie pas ce fonds, GAC aussi  ne paie pas, COBAD non plus. La seule société qui va directement payer le Fodel, c’est Henan Chine, parce que c’est elle qui la plus récente, elle est venue en 2013, après la révision et l’adoption du Code minier guinéen. Puisque nous sommes voisin à Daramagnaki, à Missira, à Tanènè et Wendou Mborou où le fonds du Fodel, et que implicitement la CR de Sangarédi a un certain pourcentage, mais cela ne peut pas être comme si de grandes compagnies qui sont là étaient soumises au paiement de cette taxe.

Guineeco.info : Pourquoi cette exception ?

Mamadou Hady Bah : Les compagnies arguent qu’elles ont signées des conventions avec l’Etat guinéen dans lesquelles le paiement du fonds de développement économique local ne figure pas. Selon elles, ces conventions sont plus fortes que le Code minier. Aussi, la loi n’est pas rétrograde. Si toutefois, eux ils ont signé leurs conventions, ils ont commencé à travailler et à développer leurs projets, il y en a même qui ont commencé à exploiter la bauxite, ce n’est pas une loi qui est venue après la signature de ces conventions qui va s’appliquer à eux.  C’est pour cette raison que ni la CBG ni GAC et ni COBAD n’est assujettie au paiement du Fodel. Mais je dois rappeler quand même que la CBG s’est engagée à payer 2 millions 500 mille dollars par an pour toutes les communes qui sont impactées par ses travaux, c’est-à-dire les 10 communes de la préfecture de Boké, les communes de Daramagnaki et de Missira, Télimélé, et une commune relevant de Gaoual. Ces deux millions cinq cent mille dollars représentent le volet communautaire de la CBG. C’est ce qui permet aux communes bénéficiaires de réaliser des infrastructures socio-économiques de base. Quant à GAC, ils ont dit que c’est après 5 ans de production de la bauxite qu’ils vont commencer à payer 500 mille dollars aux différentes communes qui sont impactées par leurs activités. D’ici, ils ne paient rien. Tout ce qu’ils font, c’est de leur responsabilité sociétale.

Guineeco.info : Est-ce que vous avez un message particulier pour clore cet entretien ?

Mamadou Hady Bah : Je voudrais attirer l’attention des gens sur la Compagne de bauxite et d’alumine de Diandian. La responsabilité sociétale manque beaucoup au niveau de cette société. En tout cas, la commune rurale de Sangarédi n’a rien bénéficié de cette société depuis qu’elle a commencé à opérer chez nous. Ils ont commencé à faire une école à Aïkoï qui n’est pas achevée. Ils ont promis des forages dans certains villages qui sont directement impactés par leur projet, je ne pense pas s’il y a eu plus de deux forages jusque-là. En plus, ils ne sont pas soumis au paiement du Fodel. A cette allure, je me demande quel sera l’impact positif de la COBAD sur les communautés riveraines de cette compagnie russe.

Guineeco.info : Personnellement, nous avons tenté en vain d’avoir l’étude d’impact environnemental de la COBAD. Vous l’avez, vous ?

Mamadou Hady Bah : Ce n’est pas seulement elle. On s’est battus, nous avons tout fait pour avoir les plans de gestion environnementale et sociale des sociétés minières qui sont en train d’opérer à Sangarédi, nous n’avons eu jusque-là aucun de ces plans délivrés par le Bureau d’études environnementales. C’est un autre problème encore. C’est une sollicitude que nous leur adressons à tout moment et que allons continuer à avoir.

Propos recueillis par Mamoudou Boulléré Diallo

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