Ebola : Le sacrifice du personnel sanitaire guinéen en chiffres ⃰

Au total 207 agents de santé ont contracté Ebola depuis le début de la maladie, pour 111 décès, soit un taux de létalité de 53,6%, apprend-on de la Coordination nationale de lutte contre la fièvre à virus hémorragique. Ces statistiques en date du 11 juillet 2015, rendent compte du lourd tribut payé par le personnel de santé dans la gestion de cette crise sanitaire. Elles confirment les conclusions d’un récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), selon lesquelles le risque d’infection par le virus Ebola est entre 21 et 32 fois plus grand pour les agents de santé que pour la population générale.
Si le nombre de décès parmi le personnel soignant se trouve plus élevé que dans le reste de la population, c’est que les agents de santé se trouvent en première ligne dans le combat contre la fièvre hémorragique à virus Ebola, qui s’est déclarée fin décembre 2013 à Gueckédou, dans le Sud de la Guinée, pour se répandre en Afrique de l’Ouest, principalement au Liberia et en Sierra Leone. Toutefois, sur un total de 3299 cas confirmés en Guinée, il y a eu pas moins de 2056 décès entre le 30 décembre 2013 et le 11 juillet 2015, soit un taux de létalité de 62,3%. Sur 450 cas dits probables, il y a eu autant de décès à la même période.

Très souvent, infirmiers, médecins, pharmaciens et autres humanitaires du secteur de la santé contractent le virus en prenant en charge des malades d’Ebola dont ils ignorent le statut. Les premiers agents de santé à être victimes de cette maladie sont ceux des structures sanitaires de la région forestière de la Guinée (Gueckédou et Macenta), d’où est partie l’épidémie en décembre 2013. Le personnel médical avait continué à contracter Ebola, quatre mois après son apparition, ce qui avait amené le président Alpha Condé à s’en offusquer publiquement, estimant que les agents de santé guinéens ne prenaient pas toutes les précautions nécessaires dans leur travail au quotidien.

Une sortie qui n’a pas été très appréciée par les professionnels de la santé et les humanitaires, qui ont fait valoir leurs difficiles conditions de travail dans les structures sanitaires guinéens, où le manque d’équipements le dispute au délabrement des locaux. Il aura ainsi fallu recourir à l’aide des partenaires étrangers pour installer et équiper les 12 centres de traitement d’Ebola et les 9 laboratoires d’analyses à travers le pays. Parfois, les agents de santé ont manqué de tout, y compris les matériels de protection comme les gants.

Une consolation momentanée

Pour une meilleure prise en charge des agents de santé frappés d’Ebola, un centre de traitement spécifique leur a été dédié. A la date du 16 juin dernier, la Coordination nationale de lutte contre Ebola se félicitait de ce que cela faisait 67 jours qu’il n’a été enregistré le moindre cas d’agent de santé atteint d’Ebola dans tout le pays. Ce qui représentait une petite consolation, puisqu’au même moment l’on enregistre de nouvelles infections liées au virus en Basse Guinée. Seulement voilà, entre le 16 juin et le 11 juillet dernier, cinq nouveaux agents de santé ont contracté la maladie, dont deux en sont morts.

Les victimes collatérales

Il y a aussi que des agents de santé peuvent être victimes de l’ignorance des populations et par ricochet de la psychose créée par Ebola. Un exemple emblématique concerne l’ancien du Directeur préfectoral de la santé de N’Nzérékoré, Dr Ibrahima Fernandez, le Directeur-adjoint de l’hôpital régional de cette même ville, Dr Ibrahima Saliou Barry, ainsi que le chef du centre de santé de Womey, Pépé Kpogohomou, qui faisaient partie des huit personnes, dont trois journalistes, froidement assassinées à Womey, un village de la Guinée forestière où elles étaient parties sensibiliser sur Ebola.

Malgré l’indignation suscitée par ce drame, les agents de santé et les humanitaires ont continué à faire face à d’autres résistances dans les communautés, aussi bien à l’intérieur du pays, qu’à Conakry, la capitale. Les agents de la Croix-Rouge et de Médecins Sans Frontières ont par exemple été souvent pris à partie, accusés de répandre la maladie ou tout simplement de précipiter les décès de malades d’Ebola.

En Afrique de l’Ouest, les décès d’agents de santé imputables à Ebola pourraient entraîner une recrudescence de la mortalité maternelle en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone, selon un récemment rapport de Banque mondiale, cité par des médias guinéens. Si l’on en croit ce rapport intitulé Healthcare Worker Mortality and the Legacy of the Ebola Epidemic, 4 022 femmes supplémentaires par an risquant de succomber dans ces pays à des complications pendant une grossesse ou un accouchement.

Selon le rapport, le nombre de médecins aurait baissé de 10 % au Libéria (qui n’en comptait qu’une cinquantaine au départ) et celui des infirmier (ère)s et des sages-femmes de 8 %. Les chiffres correspondants sont de 5 % et 7 %. En Guinée, la ponction est moins forte, avec un recul de seulement 2 et 1 %. Le rapport indique que, pour sauver les vies menacées, les trois pays devraient recruter immédiatement 240 médecins, infirmier(ère)s et sages-femmes. Soit une infime fraction des quelque 43 565 agents de santé requis pour atteindre la cible de couverture sanitaire fixée pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Bachir Sylla (La République)

⃰ Produit en collaboration avec Ouestafnews grâce à l’appui d’Osiwa

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