Sale temps pour la presse guinéenne !

(Guinéeco.info)-Le moins qu’on puisse dire, c’est que la presse privée guinéenne traverse actuellement une zone de turbulence. Depuis le début de ce mois de novembre, pour un oui ou pour un non, des violences physiques et morales ont été exercées sur des hommes de médias et des organes de presse privée du pays.

Des journalistes bastonnés, leurs matériels de travail cassés par des gendarmes, des poursuites judiciaires et extrajudiciaires engagées contre certains hommes de médias, les ondes de certaines radios brouillées par le ministère en charge des télécoms, d’autres stations tout simplement suspendues. Le cocktail explosif qui nous a été servi ces derniers temps inquiète plus d’un journaliste guinéen épris justice et de liberté.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, voilà que le président Alpha Condé en personne a menacé le week-end dernier de fermer toute radio qui passerait un message des syndicalistes à l’origine d’une grève paralysant actuellement le secteur de l’éducation. Cela, sans aucune autre forme de procès. Une décision présidentielle ne reposant sur aucune base légale et qui a suscité une vague d’indignations et de colère de tous les combattants de la liberté et de la démocratie.

L’heure est donc grave ! Et les associations de presse du pays semblent avoir pris la mesure des menaces qui pèsent désormais sur les médias locaux. En tout cas, elles montent régulièrement au créneau pour dénoncer les dérives dictatoriales tendant à faire taire les médias privés, ces derniers remparts contre les abus de pouvoir dans ce pays où les partis politiques de l’opposition et les organisations de la société civile ne constituent plus des alternatives crédibles aux yeux du Guinéen lambda.

Bien qu’il faille se réjouir de cet élan de solidarité des journalistes guinéens contre les prédateurs affichés et cachés de la liberté de la presse en Guinée, il faudrait néanmoins faire également un effort d’introspection au sein de la corporation. Celle-ci, à l’image des villes insalubres de Guinée, mérite bien d’être assainie et débarrassée des brebis galeuses et des affairistes de tous poils. Pour y arriver, il faut un travail de fonds et de longue haleine, qui passe notamment par la création d’entreprises de presse viables et l’émergence d’investisseurs d’un type nouveau, pas ceux qui investissent actuellement la presse au lieu de s’y investir réellement.

Malgré tout ce qu’on peut reprocher aux médias et aux journalistes guinéens, rien ne justifie l’acharnement dont ils font l’objet actuellement de la part des tenants du pouvoir. Le président de la République gagnerait à revenir publiquement sur sa menace de fermer des radios, lui qui est soupçonné d’utiliser de toutes sortes de subterfuges pour briguer un troisième mandat que la Constitution lui interdit. Bien que vouée aux gémonies par les associations de presse, la Haute autorité de la communication  a fait ce qu’il fallait, en rappelant à l’opinion qu’elle est la seule structure habilitée à suspendre ou fermer un média en Guinée.

Mais cela suffira-t-il pour nous ôter du bourbier actuel ? Pas si évident ! Tant les mauvaises habitudes ont la vie dure en Guinée et les paroles présidentielles ont force de loi chez certains cadres zélés de l’administration publique. En tout cas, les Radio BTA FM de Labé et Gangan FM de Conakry l’ont appris à leur dépend cette semaine. Sale temps pour la presse guinéenne !

Bachir Sylla

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