Entretien avec Dr Mamady Kourouma, Directeur national de la Santé familiale et de la Nutrition

(Guinéeco.info)-Dans un entretien qu’il a accordé à votre quotidien en ligne, Dr Mamady Kourouma, Directeur de la Santé familiale et de la Nutrition au ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique a révélé que la Guinée va de déployer, d’ici 2020, 15.000 agents de santé communautaires qui vont offrir toutes les méthodes de contraception, y compris l’injectable. Ce qui pourrait réduire les besoins non satisfaits qui sont de l’ordre de 28 % aujourd’hui.

Guinéeco.info : Les efforts déployés par le gouvernement guinéen avec l’appui de ses partenaires et des organisations de la société civile ont permis d’augmenter la prévalence de la contraception moderne même si celle-ci reste encore basse. Sur quels leviers clés comptez-vous appuyer davantage pour hausser cette prévalence contraceptive ?

Dr Mamady Kourouma : Beaucoup d’efforts ont été déployés ces dernières années pour améliorer la prévalence contraceptive bien que ces efforts avaient été interrompus par la survenue de la maladie à virus EBOLA. Cependant, les leviers clés sur lesquels nous pouvons nous appuyer davantage pour hausser la prévalence contraceptive sont : la mobilisation interne des ressources par la création d’une ligne sur le budget national pour l’achat des produits contraceptifs ; l’application des initiatives innovantes telle l’implication des sociétés minières, téléphoniques et pétrolières dans l’achat des produits contraceptifs ; l’amélioration de la prestation par l’offre des services de PF au niveau communautaire à travers l’introduction d’une nouvelle méthode (sayana-press) dans la gamme des contraceptifs et l’aménagement des 8 dépôts régionaux du pays pour éviter les ruptures

La Guinée s’est dotée, à l’instar des huit autres pays membres du Partenariat de Ouagadougou, d’un Plan d’action national budgétisé de repositionnement de la planification familiale (2014-2018). Comment ce plan compte-t-il contribuer à l’autonomisation des femmes guinéennes ?

Le Plan d’action national budgétisé de repositionnement de la planification familiale vise à porter la prévalence contraceptive de 7% en 2012 à 22,1% en 2018 pour les méthodes modernes, ce qui contribuera effectivement à l’autonomisation des femmes guinéennes. En effet, la maîtrise de la fécondité présente des avantages sur l’ensemble des secteurs de développement socio-économique de la Guinée: santé, éducation, économie, urbanisation, etc. Grâce à une pression démographique moins pesante, on peut mieux investir dans de meilleurs services de santé. Il y a  davantage de ressources disponibles pour la formation des enseignants, les salles de classe et le matériel pédagogique. Quand le rapport de dépendance diminue, le gouvernement, les entreprises et les familles ont davantage de fonds à investir dans la création d’emplois et la modernisation de l’économie.

Un des défis mis en exergue dans ce plan de repositionnement de la PF est « l’instabilité du financement de la planification familiale, incluant la contribution financière de l’Etat ». Des avancées ont-elles été notées ces trois dernières années dans ce domaine ?

L’un des défis sur lequel notre pays travaille actuellement, c’est bien le financement de la planification familiale, incluant la contribution financière de l’Etat. Les avancées faites au cours des deux dernières années se traduisent par la mise en œuvre de façon concrète  l’engagement du Président de la République et du Gouvernement à recruter chaque année un certain nombre de personnels de toutes catégories. Cette année 3000 agents ont été recrutés et déployés sur l’ensemble du pays y compris les zones rurales en personnels ; à augmenter le budget national alloué à la santé de 3,8 à 8,7% et à créer une ligne budgétaire pour acheter les 50% du besoin en produits contraceptifs

Par ailleurs, nous sommes entrain de travailler pour impliquer les sociétés minières, téléphoniques et pétrolières dans l’achat des produits contraceptifs

L’autre défi souligné par le Plan est le déficit de personnel de santé dans les campagnes et le faible accès des populations rurales aux services de PF lorsque l’on sait que la grande majorité de la population vit hors des villes. Les politiques et programmes développés ont-ils commencé à changer cette situation ?

Pour ce qui concerne le défi lié au déficit de personnel de santé dans les campagnes et le faible accès des populations rurales aux services de PF, notre pays a engagé une réforme de son système de santé à la suite des états généraux. L’un des axes du plan national de développement sanitaire concerne l’amélioration de la disponibilité des ressources humaines notamment en zone rurale à travers le recrutement, le déploiement et le maintien de ce personnel. C’est dans ce cadre que le récent recrutement a été effectué et qui va continuer sur les prochaines années pour juguler le déficit en personnel de santé.

Dans la phase d’accélération (2016-2020) pour atteindre 2.200.000 nouvelles utilisatrices de méthodes modernes de contraception d’ici 2020 dans les 9 pays du PO, la quasi-totalité des pays du PO n’a pas atteint ses objectifs. Quelles sont les mesures prises pour atteindre l’objectif que la Guinée s’est fixé ?

Dans la phase d’accélération actuelle, la Guinée a envisagé plusieurs mesures pour atteindre l’objectif que le pays s’est fixé à savoir atteindre 180.000 utilisatrices additionnelles et contribuer à l’objectif global de 2.200.000 nouvelles utilisatrices de méthodes modernes de contraception d’ici 2020. En effet, d’ici 2020, le pays va déployer 15.000 agents de santé communautaires qui vont offrir toutes les méthodes y compris l’injectable, ce qui pourrait réduire les besoins non satisfaits qui sont de l’ordre de 28% aujourd’hui. La disponibilité aussi sera améliorée pour éviter les ruptures aux derniers kilomètres à travers le renforcement des dépôts régionaux.

L’année dernière, à la 5è Réunion annuelle du PO à laquelle avaient activement pris part les délégués de la Guinée, les 300 participants s’étaient penchés sur la façon de garantir un meilleur avenir pour les jeunes. Quelle est l’approche de votre pays pour prendre en compte les jeunes et les adolescents dans les programmes de santé de la reproduction ?

La question des jeunes et adolescents constitue une priorité pour le Président de la République et son Gouvernement. La problématique est prise en compte dans toutes les politiques sectorielles du pays en vue de capturer le dividende démographique. Au niveau de la santé, les standards de santé sexuelle reproductive des adolescents et jeunes sont intégrés dans 50% des structures de santé publiques, dans les infirmeries scolaires et universitaires et également des programmes sont développés vers le secteur informel et d’autres milieux pour toucher les jeunes déscolarisés. Cela se fait en collaboration avec le département en charge de la jeunesse et des ONG avec l’appui de nos partenaires techniques et financiers.

Propos recueillis par Kadiatou Thierno Diallo

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