Guinée : L’industrie du livre cherche lecteurs

Au pays de Camara Laye (auteur de l’Enfant noir) et de Tierno Monènembo (Prix Renaudot 2008), l’industrie du livre est en souffrance, au point que certains la qualifient purement et simplement d’inexistante. La récente désignation de Conakry comme capitale mondiale du livre en 2017, par l’Unesco, est une bonne occasion pour les parties prenantes de la chaine du livre en Guinée de se mobiliser pour redorer le blason de ce secteur à la peine.

«Pour moi, il n’y a pas d’industrie du livre en Guinée. On a, certes, quelques maisons d’édition et des libraires, ici et là, mais toute la chaine n’est pas complète. Il n’y a pas une politique nationale efficace du livre. Il n’y a pas d’imprimerie digne de ce nom», a fait remarquer Sansy Kaba Diakité, directeur de la maison d’édition Harmattan Guinée, dans un entretien qu’il nous a accordé en octobre dernier. Pour ce jeune éditeur, il n’y a pas de fondement d’abord pour une véritable industrie du livre en Guinée. Toutefois, il espère que l’élection de Conakry comme capitale mondiale du livre en 2017 permettra de jeter les bases d’une véritable industrie du livre dans le pays.

«Aujourd’hui, les éditeurs se cherchent, tout comme les libraires et les bibliothécaires. Mais il y a de l’espoir que l’on sorte de cette situation, parce que les uns et les autres sont motivés à œuvrer ensemble pour qu’il y ait une industrie du livre en Guinée», estime celui qui fait office de commissaire général de «Conakry, capitale mondiale du livre». M. Kaba Diakité déplore le fait qu’actuellement on ne puisse pas imprimer des livres de qualité en Guinée. «Nous imprimons ailleurs, en France ou dans certains pays de notre sous-région, pour faire venir en Guinée. Or, on devrait pouvoir imprimer localement pour donner la chance aux Guinéens d’avoir accès au livre à un prix abordable», estime-t-il.

Plusieurs obstacles

Évoquant les principaux obstacles à l’industrie du livre en Guinée, Sansy Kaba souligne, entre autres, le manque de volonté politique et de moyens adéquats. Il dénonce notamment le manque de loi sur la politique nationale du livre et le fait que les éditeurs nationaux n’aient pas accès aux marchés publics de l’État dans le domaine. «On appauvrit les éditeurs locaux, car on ne leur donne pas la chance. Tout ce qu’on a comme budget pour les manuels scolaires et les livres universitaires, dans le système éducatif guinéen, ce sont d’autres éditeurs étrangers qui en profitent.

Dans ces conditions, comment voulez- vous qu’il y ait une véritable industrie dans le pays ?» S’offusque le patron de Harmattan Guinée; lui qui s’estime pourtant mieux loti que les autres éditeurs locaux. «Nous, nous faisons de l’édition autrement. On fait du numérique et on a un partenaire stratégique qui nous a vraiment ouvert son réseau à l’international. Ce qui nous permet aujourd’hui de réaliser notre rêve. On a un partenariat avec une grande maison d’édition, qui a une imprimerie à sa disposition et qui nous facilite la tâche», se réjouit-il. Toutefois, il plaide pour la création d’une véritable industrie du livre en Guinée. Ce qui, selon lui, passe nécessairement par l’adoption d’une loi sur la politique nationale du livre dans ce pays qui a vu naitre des grands noms de la littérature africaine.

Conakry, capitale africaine du livre?

«Il y a huit ans, quand on s’installait, on s’était posé la question de savoir qu’est-ce qui pouvait marquer Conakry, sachant que Ouagadougou est devenue la capitale africaine du cinéma, Bamako celle de la photo, Abidjan celle de la musique, Dakar celle de l’art contemporain et Niamey celle de la mode. À force de réfléchir, nous nous sommes dit que Conakry c’est quand même chez Camara Laye, Williams Sassine, Tierno Monènembo, Alioune Fantouré, Djibril Tamsir Niane, Ibrahima Baba Kaké et autres.

Dès lors, nous avons pris l’engagement de nous battre pour faire de Conakry la capitale africaine du livre», révèle Sansy. Pour lui, «Conakry, capitale mondiale du livre sera une étape vers la concrétisation de ce rêve. L’évènement à venir permettra, dit-il, de mettre en place des espaces de lecture dans les quartiers et communes, de construire une véritable bibliothèque nationale et des bibliothèques thématiques dans les facultés des différentes universités. Ça va être l’occasion de professionnaliser les acteurs de la chaine du livre qui, pour la plupart, sont des amateurs.»

Source : African Business Journal

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