Guinée : L’interdiction d’importation des vieux véhicules fait débat

(Guinéeco.info)-Depuis janvier 2016, l’État guinéen interdit toute importation de véhicules âgés de plus de huit ans et ceux ayant leur direction à droite. Cette mesure, qui suscite des controverses, vise à renouveler progressivement le parc automobile guinéen, à sécuriser la population et à protéger l’environnement local contre les émanations des gaz à effet de serre dans le pays.

Les premiers surpris par cette décision du Président Alpha Condé sont les très nombreux importateurs de véhicules en Guinée, mais aussi les transitaires et autres clients potentiels de ce qu’on appelle communément les «Occasions Bruxelles» ou «France au revoir». Tous s’interrogent sur l’opportunité de publier un tel acte dont les modalités d’application doivent être précisées par un arrêté conjoint des ministères en charge des Transports et du Budgeparc-voiture-occasiont, selon les termes dudit décret.

«Nous dénonçons le fait qu’aucun délai ne nous ait été donné pour l’entrée en vigueur de cette décision. Personnellement, j’ai beaucoup de commandes et certains véhicules sont déjà embarqués dans les bateaux. Je ne sais pas si les autorités vont nous demander de retourner nos marchandises. Si c’était le cas, je risque de perdre beaucoup», s’inquièteMamady Condé, un importateurde véhicules visiblementpréoccupé.

«En Europe, une voiture de huit ans est quasiment neuve. Maintenant, les Guinéens vont tellement bricoler les véhicules à leur disposition qu’ils finiront par avoir 50 ans comme au Cuba», ironise Oumar Sylla,un jeune de la diaspora guinéennede France.

Des critiques tous azimuts

Les critiques à l’encontre de cette mesure présidentielle tranchent nettement avec l’objectif affiché par les autorités. Au prétexte sécuritaire avancé par celles-ci, certains analystes opposent la nécessité d’exiger une visite technique de tous les véhicules importés en Guinée afin de s’assurer de leur bon état avant leur mise en circulation dans le pays. D’autres estiment que l’État guinéen devrait se préoccuper d’abord de la formation et du perfectionnement des conducteurs d’engins roulants, du respect du Code de la route et améliorer l’état des infrastructures routières pour réduire les accidents de circulation mortels dans le pays.

Pour le doyen Oumar TanouSow, un fonctionnaire à la retraite, le décret du Chef d’État interdisant l’importation de vieux véhicules n’a pas sa raison d’être. À ses yeux, il aurait tout simplement fallu jouer sur les taxes douanières pour décourager les importateurs de vieilleries.

D’ores et déjà, la Loi de finances initiale 2016 a institué, pour la première fois en Guinée, un droit de timbre à l’importation de véhicules d’occasion, dont le tarif, proportionnel à la catégorie, passe du simple au double, voire au triple, selon que le véhicule a moins ou plus de 5 ans.

Ainsi, un importateur devra débourser quelque 1.500.000 de francs guinéens (GNF) pour un tracteur routier ou un camion remorque de moins de 5 ans et le double pour celui qui a plus de 5 ans. Jusque-là, l’achat d’un Code NIF pour toutes les catégories de véhicules importés en Guinée était à seulement 75.000 GNF, fait remarquer un transitaire, qui estime que les nouveaux tarifs vont décourager tous les importateurs de véhicules d’occasion.

«Il faut des mesures d’accompagnement»

Syndicalistes et politiciens guinéens se sont invités dans ce débat qui agite tant le secteur du commerce automobile. CellouDalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée, le principal parti d’opposition guinéen, voit d’un mauvais œil cette décision du régime en place. Selon lui, on aurait pu donner un congé fiscal aux importateurs de véhicules pendant au moins un an ou leur accorder des crédits pour qu’ils puissent renouveler leurs parcs automobiles. «On se lève unmatin pour dire qu’on ne veut plusvoir ça. Non ! Il faut des mesuresd’accompagnement», argue-t-il devant ses militants réunis au siège de son parti.

Prenant la mesure du tollé suscité par le décret de 15 janvier, le gouvernement guinéen a tenté de calmer le jeu. Au sortir d’une rencontre avec le Chef de l’État à la mi-février au Palais Sékhoutouréya, le premier ministre, MamadyYoula, a déclaré que la décision relative à l’interdiction d’importer les véhicules de plus de huit ans est une «bonne chose», mais que le manque de concertations et de communication a amené à des incompréhensions. Le ministre des Transports, OyéGuilavogui, a assuré que l’État entendait faire participer les importateurs de véhicules, les syndicats et autres acteurs impliqués dans ce secteur, à la prise de décisions sur l’applicabilité de la mesure présidentielle.

African Business Journal N°18 (Avril-Mai-Juin 2016)

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Une pensée sur “Guinée : L’interdiction d’importation des vieux véhicules fait débat

  • 16 août 2016 à 15 h 32 min
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    Mes frères approchez vous de la Direction Nationale des Transports Terrestres, les Arrêtés d’application sont déjà signés.Moi même je détiens les copies.Merci

Commentaires fermés.