Guinée : regain d’intérêt des Français pour les mines guinéennes

(Guinéeco.info)-Alors qu’ils avaient déserté les mines guinéennes depuis quelques décennies, on enregistre ces dernières années à un timide retour des grands groupes français dans le secteur. Un regain d’intérêt qui n’enthousiasme pas outre mesure certains observateurs très au fait des relations tumultueuses entre la Guinée et la France dans le domaine minier.

En juillet 2017, le groupe français Bouygues Travaux publics a obtenu de Guinea Alumina Corporation (GAC), filiale d’Emirates Global Alumina, un contrat d’exploitation minière et de construction d’infrastructures minières en Basse Guinée. Ce contrat permettra, dit-on, à l’opérateur français d’effectuer toutes sortes d’opérations minières (forages-dynamitage et broyage) dans la concession de GAC à Tinguilinta, dans la région de Boké, très riche en bauxite.

Selon les termes du contrat rendus publics, les travaux de construction seront lancés au cours du 4e trimestre de cette année, alors que les opérations d’exploitation débuteront au 4e trimestre 2018, pour une durée d’exécution de cinq ans. Ainsi, à partir de 2019, Bouygues devrait avoir lancé la phase opérationnelle du projet, notamment la commercialisation de bauxite. « A cette étape, le volume des investissements sera déjà de 1 milliard de dollars. Il s’agit ainsi de l’un des plus importants investissements jamais réalisés dans le secteur minier en Guinée, ces quatre dernières décennies », souligne-t-on dans un communiqué de presse publié à la mi-juillet.

«L’attribution de ce contrat représente un grand pas en avant dans notre projet en Guinée, qui revêt une importance socioéconomique pour la région de Boké en particulier et pour la Guinée en général. Je suis satisfaite des progrès réalisés jusqu’à présent», a commenté Aissata Diallo Béavogui, directrice générale de la GAC, après la signature du contrat.

Le retour des Français

A travers ce contrat, Bouygues Travaux Publics rejoint AMR (Alliance minière responsable), une autre jeune compagnie à forte connotation française sur les mines guinéennes. Créée par des actionnaires aux compétences complémentaires, AMR, cette société française indépendante des pouvoirs publics entend développer des projets miniers en Afrique dans le respect de l’environnement et des communautés locales. Elle développe un permis de recherche de 295 km2 dans la préfecture de Boké, avec un potentiel géologique estimé à 400 millions de tonnes de bauxite en ressources à une qualité moyenne entre 43 % et 46 ,6% d’alumine, et moins de 3 % de silice. Rien qu’avec ces deux sociétés, certains observateurs guinéens ont entrevu un regain d’intérêt des Français pour les mines guinéennes, un secteur qu’ils avaient déjà déserté avec le départ des groupes comme Péchiney qui opérait à Fria.

Oui, mais…

« Par rapport à ce qu’on savait avant, on ne peut pas encore parler de retour des sociétés françaises dans le secteur minier guinéen. Ils ne sont pas là encore », relativise Ibrahima Soumah, ancien ministre guinéen des mines, qui préside actuellement le Groupement pour l’Investissement et le Management (GIM). Pour lui, il ne suffit pas d’envoyer des machines dans une carrière pour creuser et embarquer dans des camions et appeler cela activité minière. Une activité minière, soutient-il, c’est quand une société vient s’implanter, avec une licence ou des permis d’exploitation, et qui prospecte, qui soumet un programme d’investissement et de développement avec pour objectif la transformation et la commercialisation. « Ce n’est pas société qui vient sous-traiter avec une autre », tranche-t-il.

La nature a horreur du vide

Quoi qu’il en soit, le retrait des Français dans le secteur minier guinéen a profité à d’autres nationalités, notamment, les Russes, les Chinois et autres qui ont investi le pays pour exploiter ses immenses potentialités. Mais l’ancien député guinéen Yacine Barry s’interroge sur la qualité du partenariat qui lie notamment la Guinée aux Russes et autres Chinois dans le secteur minier. Selon lui, de par leur influence sur les institutions internationales comme le Fonds monétaire international et la Banque Mondiale, les Français peuvent, en retrait, être des facteurs de blocage pour la Guinée si elle ne coopère pas avec leur pays. « En matière de coopération, il faut la juste mesure. Il ne faut pas coopérer avec une seule partie, mais avoir une coopération tous azimuts. Il faut anticiper sur les problèmes qui peuvent survenir», estime cet ancien haut cadre de l’Etat guinéen.

Bachir Sylla

 

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