Guinée : un islamologue s’érige contre la quasi-interdiction de la polygamie

(Guineeco.info)-Dans un entretien qu’il a accordé à un reporter de Guineeco.info, le Pr Imourana Kaba, islamologue, vice-doyen chargé à la recherche à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, s’érige contre l’adoption en seconde lecture, par l’Assemblée nationale  du Nouveau code civil guinéen instaurant la monogamie comme la règle en matière de mariage en Guinée et la polygamie : l’exception. Pour cet enseignant-chercheur, cette loi est « inopportune ». Il invite le Président de la République, Pr Alpha Condé, à ne pas la promulguer en l’état. Lisez !

Guineeco.info : Pr Imourana Kaba,  l’Assemblée nationale guinéenne vient d’adopter en seconde lecture le Nouveau code civil guinéen qui fait, de facto, la monogamie comme le principe et la polygamie l’exception en matière de mariage dans notre pays. Vous êtes islamologue, quelle est votre analyse de cette situation ?

Pr Imourana Kaba : Ce n’est ne pas la première fois que la polygamie a été interdite en République de Guinée. Je crois qu’on vote une loi dans l’espoir qu’elle est adaptable à la société sur laquelle on veut l’appliquer. Les traditions de la société doit être une source des lois. Ce qui ne semble pas être le cas du Nouveau code civil guinéen. Je note plusieurs contradictions dans la démarche de nos députés dont la plupart sont des polygames. Nous avons des valeurs africaines à défendre. Les lois doivent acceptées à ces valeurs, sinon je ne vois pas pourquoi elles ont leur raison d’être. Si dans le texte on dit que l’homme doit avoir l’aval de sa première épouse pour se marier jusqu’à quatre femmes, d’où ils tirent le chiffre quatre ? Si on dit qu’on a en tête d’abord la notion islamique, il faut savoir que l’islam est en désaccord avec cette loi.  L’idée de la polygamie vient de l’homme, pas de la femme. C’est lui qui se marie, pas sa femme. Donc, ce n’est pas à celle-ci de décider. Cette loi va entraîner des divorces. Ce n’est pas à la première femme de s’imposer. Les cadres qui se disent monogames, aujourd’hui, ont des maîtresses et leurs femmes le savent mais elles n’en parlent pas souvent. Je me demande quelle urgence il y a pour les députés à adopter cette loi ?  C’est une loi qui ouvre la porte à la prostitution. La polygamie n’a pas créé de problème en Guinée jusque-là.

Guinéeco.info : Pourquoi s’ériger contre cette loi, alors qu’elle donne la possibilité au couple de choisir son régime matrimonial ?

 Pr Imourana Kaba : Tout simplement parce que c’est une loi inspirée des réalités de l’occident. Là-bas les femmes savent que leurs époux ont de maîtresses, mais tant qu’ils ne les envoient pas à la maison, ils n’ont pas de problème. C’est ce qu’ils veulent nous imposer ici. Si cela passe, on pourrait encore nous imposer l’homosexualité au nom de la liberté. Bien que la polygamie est interdite en Guinée depuis les années 1968, beaucoup de Guinéens sont de nos jours sont polygames.

Guineeco.info : quelles sont les principales victimes potentielles de cette loi, selon Pr Kaba ?

Pr Imourana Kaba: Les hommes, une seule femme ne les suffit pas. Surtout ceux qui se marient tôt. Si vous vous mariez entre 25 à 30 ans, à 60 ans vous avez de fortes chances de redevenir célibataire. À 70, 80, jusqu’à 90 ans l’homme a besoin d’une femme. A cet âge, sa femme qui a déjà dépassé les 70 ans ne pourrait plus le satisfaire au lit. Nos députés veulent que les vieux qui se retrouveraient dans cette situation aillent se prostituer ou qu’ils se privent pour le reste de leur vie ?

Guineeco.info : Que recommanderiez-vous au président de la République au sujet de cette loi pour sa promulgation ?

Pr Imourana Kaba : Je recommande au Président de la République de ne pas promulguer cette loi qui va l’encontre de la tradition guinéenne, parce qu’on ne pourra pas l’appliquer.

Propos recueillis par Mamoudou Boulléré Diallo.

Print Friendly, PDF & Email

Guineeco.info

Guinéeco.info est un site indépendant guinéen d'informations économiques et financières créé en 2016 par le journaliste Bachir Sylla. Sa vocation est de promouvoir un journalisme indépendant et rigoureux, respectueux de l'éthique et de la déontologie.

Laisser un commentaire