Les hommes invités à s’impliquer dans la planification familiale

(Guinéeco.info)-Dans son plan de repositionnement de la planification familiale (2014 -2018), le ministère de la santé de Guinée a mis un accent particulier sur l’implication des hommes dans la planification familiale (PF). Selon ce document, les hommes sont des décideurs clés dans la promotion de la planification familiale bien que des  études et des entretiens révèlent qu’ils ont peu d’intérêt pour la PF ou qu’ils s’y opposent.

Certains pays ayant presque les mêmes croyances ont organisé avec succès les hommes à devenir des champions de la PF à travers l’expérience de l’école des maris, une stratégie novatrice pour impliquer les hommes dans la promotion de la SR.

Cette initiative financée par l’UNFPA est mise en œuvre dans un district. Le but est de l’étendre progressivement à 5 districts par an de 2014 à 2018 à raison de 2 localités par  district en contractualisant avec des organisations de la société civile (OSC).

En Guinée, les maris jouent un rôle crucial concernant notamment l’espacement des naissances, l’utilisation des servies de la planification familiale. L’implication de l’homme est donc nécessaire dans le programme de la  planification familiale.

Dans la plupart des ménages en Guinée, c’est l’homme qui est le chef de famille et même dans les familles monoparentales où la femme est le chef de famille, l’homme joue un rôle important dans la reproduction humaine et le sort des enfants.

Pourtant, force est de constater que beaucoup d’hommes fuient leurs responsabilités. Ils ignorent souvent qu’ils sont les acteurs d’une grossesse car aucune personne ne peut à elle seule faire un enfant.

Ils ne s’imaginent pas que la grossesse représente un risque pour la femme, la conduisant parfois à la mort. De ce fait, l’homme et la femme doivent prendre leurs responsabilités.

Selon Mme Bangoura Bountouraby, sage –femme au centre de santé du quartier Matam, l’implication des hommes facilitera aux femmes la pratique de la PF. « Nous devons aller vers les hommes, mener des actions concrètes en leur faveur afin d’obtenir leur adhésion.

Cette action pourra nous aider à leur faire comprendre les notions de base sur la sexualité humaine, le fonctionnement de l’appareil génital de la femme et de l’homme, la reproduction de l’espèce humaine, la planification familiale et l’importance de la contraception surtout moderne », a déclaré Mme Bangoura.

Selon elle, l’homme assume une grande responsabilité dans l’équilibre du foyer et son choix est déterminant pour ce qui est de la taille de la famille. « Il faut que les choses changent », a-t-elle ajouté. La plupart des hommes rencontrés à ce sujet, émettent des points de vue divergents.

Morlaye Camara, menuisier, a souligné qu’il n’est pas contre la planification familiale : « je ne connais pas ce que c’est la planification familiale donc je ne peux pas demander à ma femme de la pratiquer. Nous avons 5 enfants ».

De son point de vue, l’homme et la femme doivent cependant parler un même langage pour mieux espacer les naissances afin d’éviter des conséquences fâcheuses. «Il y va de la survie de la famille », a-t-il noté.

Cependant, le manque de dialogue dans le couple, associé au  non accès à l’information et aux services de PF peuvent conduire à des naissances nombreuses et non désirées.

Et Morlaye  d’indiquer : « si un couple communique bien, l’homme et la femme peuvent s’entendre et aller ensemble au centre de santé le plus proche pour avoir des informations. Pour cela, il donc important de convaincre l’homme ».

Pour  Dr Madina Rachid chef de Division santé de la Reproduction  (SR) du ministère de la santé, la santé reproductive chez les hommes est une composante de la santé de la reproduction.

La politique de santé et les programmes la prennent en compte. Mais on note une certaine réticence chez les hommes pour ce qui est de l’utilisation des produits contraceptifs par leurs épouses.

Afin d’assurer une bonne implication des hommes dans la planification familiale, Dr Rachid a révélé que ministère de la santé avait mis en place un petit projet pilote depuis 1997. Les hommes avaient été identifiés comme promoteurs et acteurs mais aussi bénéficiaires des services de santé.

« Jusqu’à présent, a dit le Dr Rachid, la prévalence contraceptive est malgré tout très basse mais nous pensons, face à cela, que la part des hommes reste très importante dans l’utilisation des services de santé de façon globale et notamment la santé sexuelle reproductive y compris la planification familiale.»

Il s’agira donc, de l’avis du Dr Rachid, de revoir les approches. Il y a deux ans, le ministère de la santé, à travers la Direction  nationale de la Santé Familiale et Nutrition et a initié une nouvelle approche qui est l’école des maris, développée par deux départements ministériels, à savoir : le département de la santé et celui de l’ Action sociale, à travers deux directions nationales à savoir la direction de la promotion féminine et la direction de la santé familiale et nutrition.

Cette approche devrait aider à ramener les hommes dans le système et à continuer leur sensibilisation afin de relever la prévalence contraceptive en Guinée.

Pour Dr Ferida Tata2Mara, l’implication des hommes dans la planification familiale est une démarche très importante car elle pourrait aider à relever la prévalence contraceptive dans le pays. Néanmoins, Dr Férida a souligné que beaucoup d’hommes refusent de s’impliquer dans la planification familiale alors que celle-ci ne veut pas dire arrêter de faire enfants.

Il est plutôt question d’espacer les naissances pour permettre à la femme de se reposer, de bien s’occuper de son mari et de ses enfants, etc.

Les méthodes modernes de contraception aident les parents à avoir le nombre d’enfants qu’ils veulent au moment où ils le désirent. Ainsi, ils peuvent bien, grâce à cela, s’organiser pour la gestion des besoins de la famille.

« Pour que de tels messages soient bien acceptés et profitables à tout le monde, il faut que, et la femme et l’homme, tous deux partenaires, soient impliqués », a affirmé Dr Férida.

A Kankan, dans une région de la guinée, une femme,  sans avertir son époux, avait choisi l’implant qui dure 5 ans comme méthode de contraception. Trois mois plus tard, elle est retournée voir les sages- femmes pour le retirer à la demande de son mari.

Pour le Dr Férida, voilà une situation vécue par le personnel de santé qui montre qu’il faut encourager les hommes à accepter d’accompagner leurs épouses au centre ou à soutenir ces dernières quand elles décident de pratiquer la planification familiale.

Il faut donc renforcer l’implication des hommes dans la promotion de la planification familiale en améliorant les stratégies en direction de cette cible pour relever la prévalence de la contraception en Guinée.

Kadiatou Thierno Diallo

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