Jacques Gbonimy : « L’UPG est un bien que Jean-Marie nous a légué. Nous n’avons pas le droit de le laisser mourir»

(Guineeco.info)-L’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG) vient d’organiser son congrès extraordinaire à l’issue duquel, Jacques Gbonimy, anciennement Directeur du Département Formation et Accréditation(CENI), a été plébiscité pour diriger désormais les destinées du parti de feu Jean-Marie Doré. Décidé, plus que jamais, à mériter la confiance placée en lui, ce jeune leader s’est prêté aux questions de notre confrère Bamba Bakary Gamalo. Lisez leur entretien:

Bamba Bakary Gamalo : M. Jacques Gbonimy, faites nous un bref historique de l’UPG ?

Jacques Gbonimy : L’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG) est née en 1992, comme tous les autres anciens partis politiques qui sont actuellement en activité : RPG, UPR, UFD et autres. Depuis 1992, l’UPG a été dirigée par plusieurs présidents dont Momory Camara, ancien Gouverneur de la Banque Centrale de Guinée qui a été le premier président, succédé par la suite par Jean-Marie Doré et après le décès de ce dernier, Henry Kpogomou a géré la transition. Me Mathos également a fait deux ans et demi et le dernier congrès m’a désigné pour diriger les destinées du parti.

Par rapport à l’historique, il faut retenir que l’UPG a eu 3 députés à la première législature et a été aussi  candidate aux deux premières élections présidentielles : 1993 et 1998. C’est quand l’élection présidentielle a été boycottée par tous les candidats de l’opposition en 2003 qu’elle s’est abstenue aussi d’aller.

Toujours à l’Assemblée Nationale, à la seconde législature, notre parti avait deux députés et cette législature en cours, nous avons aussi deux députés. Donc, l’UPG a été toujours un parti présent à l’hémicycle depuis l’avènement de la démocratie en République de Guinée et le couronnement a été la Primature de la transition qui a été dirigée par l’Honorable Feu Jean-Marie Doré qui a été le Premier Ministre de la transition et qui a conduit réellement avec sa sagacité, cette transition politique en Guinée, après le pouvoir militaire.

Pourquoi ne pas alors rendre un hommage particulier à ce grand homme ?

C’est vrai que l’UPG a connu plusieurs Secrétaires Généraux et Présidents, mais Jean-Marie Doré a été celui qui a insufflé une force nouvelle au parti et qui a permis à l’UPG de se hisser à un niveau appréciable au plan national et qui a permis aussi d’avoir des députés et même d’être candidate à plusieurs élections présidentielles. C’est un homme qui a beaucoup fait pour le parti. Sa vie de famille, c’était ce parti. Tout ce qu’il avait comme bien, comme compétence, il l’a mis au profit de ce parti. Et aujourd’hui, tous ceux qui parlent de l’UPG, si tu ne parles pas de l’UPG de Jean Marie Doré, des fois les gens ne se retrouvent pas.

Donc, nous lui restons reconnaissants et c’est grâce à ses recommandations que nous sommes en train de mener la barque pour que ce parti puisse résister à tous les vents pour ne pas le voir disparaître.

C’est vrai, vous avez fait remarquer que l’UPG fait partie des premières    formations politiques en Guinée sous la deuxième République. Il faut même signaler qu’elle était devenue un parti fort à un moment donné. Ce parti rivalisait donc le RPG et les autres partis dans des régions. Mais qu’est-ce qui s’est passé entre temps pour que votre parti connaisse ce qu’on appellerait déclin ?

Nous ne sommes pas encore au niveau déclin. Retenez que tous les grands partis qui ont été menés par de grands leaders, après la disparition de ces leaders, ont connu des problèmes. Je veux parler du PDG RDA qui est le premier parti unique de la Guinée. Après le décès de Feu Sékou Touré, le parti a eu des problèmes, même est allé jusqu’à s’éclater. Ce que nous ne voulons pas aujourd’hui. On a connu aussi le cas du PUP. Après la disparition de Feu Lansana Conté, le parti a eu des problèmes. Heureusement que nous sommes habiles par rapport à la gestion d’après Jean-Marie Doré. Nous sommes à notre deuxième congrès. Nous passons par la voie démocratique pour procéder à des changements au niveau du parti. Ce ne sont pas des tiraillements qui nous amènent vers l’alternance. Les textes même du parti sont clairs là-dessus et nous les respectons. Après la disparition de Jean-Marie Doré, on a essayé de relancer le parti et c’est toujours dans cet esprit de relance que nous sommes. C’est vrai, le parti a perdu beaucoup de ses militants sur le terrain et beaucoup de structures même sont en voie de disparition. Cet état de fait donne de mauvais résultats au parti, ce qui nous amène à procéder à ce changement pour relever le défi. L’UPG est un bien que Jean-Marie Doré nous a légué. Nous n’avons pas le droit de le laisser mourir. Et nous nous engageons avec responsabilité à pouvoir tenir.

Est-ce que le fait que le parti n’ait présenté un candidat à l’élection présidentielle de 2010 n’est pas aussi pour quelque chose dans ce déclin ?

Au fond, les accords de Ouagadougou disaient que le Premier Ministre de la transition et son parti ne devraient pas se présenter à l’élection présidentielle. C’est ce qui a fait que l’UPG n’a pas présenté de candidat à cette élection. Et c’est Jean Marie Doré qui était le responsable de la transition (partie civile), évidemment !  Sa mission principale était l’organisation des élections jusqu’à l’alternance démocratique dans notre pays. Mission qu’il a bien menée. Il est allé jusqu’au bout de cette transition qui a abouti à l’élection du Professeur Alpha Condé à la tête de notre pays. Donc, ce n’est pas parce que le parti ne voulait pas, mais ce sont les accords qui l’imposaient ainsi.

Mais le vide aura profité à d’autres partis politiques ?

Oui ! Mais quand on est patriote, on accepte les missions de la patrie. Il faut l’assumer. Heureusement que Jean-Marie Doré a été un homme de parole. Il a assumé cette responsabilité et il a permis à notre pays d’avoir un Président démocratiquement élu. Donc, c’est le respect des termes de cet accord qui a fait que l’UPG n’a pas présenté de candidat. C’est vrai que ça a eu des effets après, parce qu’en 2015, étant vieillissant et plus ou moins malade, il n’a pas pu être candidat à l’élection présidentielle. On n’était pas préparé. Il a accompagné son ami Alpha à l’élection, parce qu’il a été coordinateur de la campagne du RPG Arc-en-ciel au niveau de la Guinée Forestière.

Parlons maintenant du dernier congrès. Comment Me Mathos s’était retrouvé à la tête de l’UPG, alors qu’à notre connaissance, même s’il était militant, il n’assumait pas une grande responsabilité au sein de cette formation politique ?

On parlait tout à l’heure de l’élection présidentielle de 2015 où Feu Jean Marie Doré a été coordinateur du RPG. C’est pendant cette campagne que Me Mathos a eu à travailler avec notre leader. Et au retour de la campagne présidentielle, ce Monsieur a adhéré à l’UPG. Donc, Me Mathos fréquentait déjà l’UPG jusqu’à son décès le 29 janvier 2016. Il y a eu une transition de 6 mois pendant laquelle Me Mathos fréquentait toujours le parti et nous sommes allés à égalité lors du congrès qui a été organisé par le Bureau politique après la période de transition. Moi-même j’étais candidat à cette élection. Mais mon statut à la CENI et autres ne m’ont pas permis de poursuivre cette candidature. J’ai désisté au dernier moment. Henry aussi qui était candidat avait suspendu sa participation. Et finalement le boulevard était ouvert pour Me Mathos.

Donc, il ne faut penser que Me Mathos a été coopté comme ça. Non ! Il a adhéré à l’UPG après la campagne de la présidentielle de 2015 et au temps du leader défunt Jean Marie Doré et il a suivi la transition et s’est porté candidat. Il a été élu par le 4è congrès ordinaire du parti, comme Président de l’UPG.

Mais avec ce dernier congrès, il estime que c’est un coup de force contre lui. Comment les choses se sont elles réellement passées ?

Suite aux résultats catastrophiques de l’UPG aux élections communales, le Bureau Politique a été interpellé par les militants, même à la base pour dire qu’ils ne comprennent pas le fonctionnement du parti, parce qu’ils n’ont pas été appuyés dans la gestion des élections communales et qu’ils ne comprennent plus comment le parti est géré. Le Président de Macenta avait reproché à Me Mathos, sa présence sur la liste de l’UFR à Ratoma.

Par rapport au congrès, il a signé une lettre de soutien à la date du 19 février, demandant aux personnes de bonne volonté de soutenir l’organisation du congrès. Nous avons la copie. Donc, c’est à quelques jours du congrès qu’il s’est rétracté pour dire qu’on n’est pas prêt financièrement, il faut reporter le congrès.

Malheureusement, et la base et le sommet, tout le monde était engagé à aller au congrès. On a dit « non, on ne pouvait pas reporter le congrès ». Et plus grave, à deux jours de cette rencontre, il a fait passer un communiqué sur radio Espace, pour dire que le congrès est reporté sine die, pendant que les congressistes étaient en route. Certains étaient à Conakry. Il a même écrit au ministre de l’Administration du Territoire pour signifier le report du congrès. Malheureusement pour l’UPG, au lieu qu’il reste pour gérer cette situation avec le Bureau Politique, étant le premier responsable du parti, il prend son avion pour aller en France. Chose qui est plus compliquée pour nous. Nous, au Bureau Politique, puisqu’on s’était déjà engagé à aller à un congrès, nous avons par notre propre moyen, géré ce congrès jusqu’au bout. C’est pourquoi les gens s’étonnent pourquoi il n’est pas à Conakry, pourquoi il s’est retiré ? Nous même, nous ne comprenons pas ce comportement de sa part, parce que quand on est responsable d’une entité, il faut aller jusqu’au bout des décisions. Mais tel n’est pas le cas. Nous avons été au congrès et nous avons été plébiscités pour diriger les destinées du parti.

Mais d’aucuns pensent que c’est parce que vous n’êtes plus à la CENI que ce congrès a été provoqué…

C’est une contrevérité, parce qu’il y a plus de 7 mois qu’on a parlé des états généraux. Il y a plus de 5 mois qu’on a parlé de congrès, pendant que j’étais encore à la CENI. C’est seulement en janvier que j’ai quitté cette institution. Et les lettres d’information sont allées le 2 janvier dans les différentes localités, pendant que j’étais encore à la CENI. C’est en mi-janvier que le décret du Président de la République m’a mis hors de la CENI. Donc, dire que le congrès a été organisé parce que je ne suis plus là-bas, ce n’est pas vrai.

Vu la considération que Jean Marie avait pour vous et tout ce que vous représentiez, vous vous sentiez quelque part son dauphin ?

Tous étaient dauphins, parce que Jean-Marie Doré nous a tous nourri de la même façon. Il nous a instruits de la même façon. Mais j’ai quand même le privilège d’être celui qui a eu la chance au dernier moment d’avoir à échanger avec lui sur son lit de malade, quand je suis allé lui rendre visite à Paris, où j’ai passé une semaine avec lui. Avec l’Honorable, nous avons eu beaucoup d’échanges. Revenus à Conakry, ça n’a pas pris du temps, il a rendu l’âme. Et je retiens les derniers mots qu’il m’a confiés. Compte tenu de tout ça, je ne peux pas rester là pour voir ce parti disparaître. Je sais ce qu’il m’a dit au dernier moment.

Vous êtes porté à la tête de l’UPG dans un contexte où les Guinéens sont en train de s’interroger sur leur avenir, après le mandat de Alpha Condé. Vous y pensez ?

En fait, un parti politique est créé pour prendre le pouvoir. C’est la voie que notre constitution a tracée pour la conquête du pouvoir en République de Guinée. Tout parti qui veut exister doit partir à la conquête du pouvoir. L’UPG n’est pas en reste. C’est même un droit. Nous nous battons dans ce sens. Pourquoi ne pas gérer le pays ? Nous avons la capacité, le droit et le devoir d’aller vers cela pour relever les défis de ce pays.

Des gens parlent beaucoup de la révision de notre constitution. Surtout, du 3è mandat du Président Apha. Quelle est  votre position sur cette épineuse question ?

Du 3è mandat, pour nous c’est un faux débat aujourd’hui, parce que celui qui est concerné n’a rien dit encore à ce sujet. Et même de façon officielle, il n’y a pas eu encore une communication pour dire que le Président veut d’un troisième mandat. Ce sont des cadres peut-être qui veulent être nommés à des postes ou qui sont à des postes qui pensent qu’en le disant, ils sont là pour de bon qui font ces annonces. Attendons de voir !

Par rapport à la révision constitutionnelle, je crois que dans tout pays démocratique, la révision est normale. Seulement, il faut suivre la procédure en la matière, pas parce qu’on a une ambition de faire quoi que ce soit, mais aider le peuple à pouvoir mieux gérer son pays.

Vous aviez parlé de l’amitié entre Alpha et Feu Jean-Marie Doré. Est-ce que vous êtes toujours dans cette dynamique ?

En 2015, Jean Marie Doré a laissé tout pour accompagner le Président Alpha Condé. C’est vrai qu’il a été désigné coordinateur de la campagne du RPG Arc-en-ciel en Guinée Forestière. Cette amitié était vraiment personnelle parce qu’il n’y a pas eu un accord électoral signé entre le RPG et l’UPG. Malheureusement, cet apport de lutte du leader de l’UPG n’a pas été reconnu, parce que quand Jean-Marie Doré est mort, l’UPG n’a plus été regardée. Cela  veut réellement dire que l’amitié entre Jean-Marie et le Professeur Alpha était personnelle. Sinon, on aurait pu prendre au moins un cadre de l’UPG pour être sous-préfet, préfet, gouverneur ou ministre. Mais tel n’a pas été le cas. Donc, nous ne pouvons pas parler aujourd’hui d’amitié entre le RPG et l’UPG, à partir du moment où nous n’avons aucune alliance ni électorale, ni politique. Nous sommes peut-être amis avec certains membres du RPG, mais les deux partis ne sont pas amis par rapport à la gestion du pays. C’est quand même regrettable parce que quand j’ai été voir Jean Marie Doré à Paris,  c’était juste après la nomination du gouvernement. L’une des premières questions qu’il m’a posées était de savoir est-ce que le gouvernement a été mis en place ? J’ai répondu oui ! Et il m’a demandé : Est-ce que l’UPG prend part à la gestion du gouvernement. J’ai dit non, aucun de l’UPG n’a été nommé. Je crois que le fil a été coupé lorsque Jean-Marie est tombé malade et il est parti pour des soins, avant la mise en place du gouvernement.

Certes, s’il était resté, peut-être que leur amitié allait jouer. Aujourd’hui, l’UPG a été laissé pour compte avec le RPG et le Professeur Alpha Condé. Cela n’exclut pas d’éventuels contacts, parce que c’est lui le Président de la République.

Vous êtes prêt à vous allier au cas où il le demanderait ?

Dire qu’on est prêt à nous allier, c’est quand c’est demandé. Mais la question n’est pas à l’ordre du jour, parce que ni le RPG, ni l’UPG n’a demandé une alliance entre nous. Si la question se posait, le Bureau Politique va être fonctionnel, c’est lui qui va se prononcer là-dessus.

Maintenant, quelle est votre priorité. Sinon, la priorité des priorités depuis que vous êtes à la tête de ce parti ?

La priorité des priorités, c’est la relance de l’UPG. Il est regrettable aujourd’hui de constater que notre parti n’est pas sur la scène politique guinéenne. Il n’est même pas convié pour les grandes rencontres. Pour qui connaît le passé de l’UPG, c’est vraiment regrettable. L’une de nos missions, c’est de renouer avec les instances supérieures et de remettre le parti sur la scène politique. D’aller vers les structures et les militants qui sont découragés à cause de la léthargie du Bureau Politique, pour renouer le contact et relancer les structures du parti. C’est une mission que nous nous sommes assignés en prenant ce parti et le Bureau Politique est déjà engagé pour cela. Nous allons nous remettre sur le terrain pour réveiller les structures qui dorment et relancer le parti. Aujourd’hui, les appels que nous recevons sont encourageants. Certains même se réclament de l’UPG, alors qu’on ne les connaissait pas. D’autres se réclament de Jean Marie Doré, pourtant ils n’avaient jamais voté pour lui. Mais ils s’engagent à présent à honorer sa mémoire.

Avez-vous un dernier message pour tous ces gens ?

Le message particulier, c’est de dire que le parti est maintenant sur la bonne voie et qu’ils sont tous invités à rejoindre le parti pour mener ensemble ce combat que Jean Marie Doré avait commencé et que nous devons continuer. Nous devons relever l’UPG ensemble. C’est une équipe qui gagne et non une personne.

Même si on dit maintenant Jacques est venu on va aller. Non ! Jacques n’est qu’une personne qui travaille avec une équipe et je pense que c’est cette équipe qui va relever le défi avec ceux qui sont au parti ou ceux qui ne sont pas encore venus.

Nous invitons tout le monde à revenir au parti pour renforcer nos structures.

Interview réalisée par

Bamba Bakary Gamalo

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