Trois questions à Dr Cheick Oumar Touré, Directeur Associé pour la Planification familiale et le Plaidoyer en Afrique de l’Ouest

En marge de la 5e Réunion du Partenariat de Ouagadougou qui vient de se tenir, du 12 au 14 décembre, à Abidjan, nous avons tendu le micro à Dr Cheick Oumar Touré, Directeur Associé pour la PF et le Plaidoyer en Afrique de l’Ouest (IntraHealth International) pour qu’il nous parle des tenants et aboutissants de ces genres de rencontres, ainsi que des stratégies mises en place pour faire évoluer les questions de santé de la reproduction en Afrique. Entretien:

Dr Cheick Oumar Touré, Directeur Associé pour la PF et le Plaidoyer en Afrique de l’Ouest (en lunettes)
Dr Cheick Oumar Touré, Directeur Associé pour la PF et le Plaidoyer en Afrique de l’Ouest (en lunettes)

Kadiatou Thierno Diallo : Pourquoi  autant de difficultés à prendre en compte les besoins des jeunes et des adolescents ?

Dr Cheick Oumar Touré : Je ne poserais pas la question en ces termes, car la jeunesse est vraiment une préoccupation de tous les intervenants : gouvernement, société civile, partenaires techniques et financiers.  Le contexte de notre région est caractérisé par des faibles taux de prévalence contraceptive, des barrières socioculturelles, des systèmes de santé déficients, un engagement politique timide et le manque de mise à l’échelle des approches prometteuses pour atteindre et maximiser l’engagement des jeunes dans la promotion de la contraception et dans l’utilisation de services de PF.  Avec plus d’un tiers de sa population totale âgée de 10 à 24 ans, nos pays devraient donner la priorité à la satisfaction de cette couche la plus vulnérable de la société.

En plus de la santé sexuelle, les jeunes sont particulièrement vulnérables à la marginalisation sur le marché du travail, car ils manquent d’expérience. Ils ont donc de grandes chances de se retrouver au chômage, sous-employés ou soumis à des contrats précaires. L’expérience de nombreux pays a montré qu’une population importante de chômeurs jeunes et frustrés a le potentiel de devenir une source d’instabilité sociale et politique et augmente le risque de migration illégale, d’activités criminelles et de radicalisation.

Le plus gros problème, c’est surtout la fragmentation des différentes initiatives visant les jeunes. C’est pourquoi la plateforme Partenariat de Ouagadougou est à saluer car elle offre cet espace d’échanges à tous pour savoir qui fait quoi ? Où ? Comment ? Avec quelles ressources ? Ce qui va favoriser les synergies dans les interventions dans les pays membres du Partenariat.

Qu’avez-vous fait pour que la SRAJ soit mieux prise en compte ?

Notre approche dans le cadre de CS4FP a toujours été d’avoir une société civile très forte et mieux organisée en coalition. Une coalition comprenant les ONG, associations et groupements de religieux, de journalistes, de jeunes, etc. jouant un rôle fondamental de partenaire du gouvernement dans la mise en œuvre et au suivi du plan d’action national d’action budgétisé (PANB).

Nous avons mis en place, avec les coalitions nationales de la société civile, l’initiative des Jeunes Ambassadeurs SR/PF dans les pays du PO pour fédérer toutes les initiatives de jeunes et ainsi éviter les duplications. Ces jeunes ambassadeurs proviennent des ONG et associations membres des coalitions et jouent un rôle majeur dans leur positionnement stratégique au niveau pays.

IntraHealth, à travers CS4FP, financé par la Fondation William et Flora Hewlett et bientôt par l’ambassade des Pays-Bas, a apporté de l’assistance aux coalitions pour la sélection, la formation des JA en TIC, plaidoyer, communication pour le changement de comportement pour être des champions et faire valoir la voix de la jeunesse au sein des instances de décision de leur pays.

Pourquoi les engagements pris dans ce domaine tardent à être  respecter ?

Des progrès considérables ont été accomplis depuis 2011. Les bailleurs, et les pays sont mieux coordonnés pour éviter les duplications. La société civile est une force qui commence à mieux jouer son rôle de veille. Les objectifs fixés par le PO dans sa 1ère phase ont été largement dépassés. Il y a eu plus de 1,200,000 nouvelles utilisatrices de méthode contraceptives modernes. Et là c’est la phase d’accélération qui vise 2,200,000 nouvelles utilisatrices additionnelles d’ici 2020.

Je suis confiant que nous allons aussi l’atteindre en mettant plus d’accents sur l’accès de Jeunes aux services SR adaptés à leurs besoins, en mettant en échelle  les approches prometteuses de l’offre et de la demande des services de PF, et en couvrant plus les Zones rurales.

Propos recueillis par Kadiatou Thierno Diallo

 

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